Système U : la dynamique Schiever porte ses fruits
Coopérative U s'impose comme la locomotive du début d'année 2026. Sur la période P2 (du 26 janvier au 22 février), l'enseigne gagne 0,6 point de part de marché valeur pour atteindre 12,9 % en PGC-FLS, selon Worldpanel by Numerator. L'intégration progressive des magasins du groupe Schiever, amorcée en 2025, continue de porter la croissance du réseau.
L'effet parc est indéniable : en 2025, la coopérative a intégré pas moins de 228 605 m² de surfaces de vente supplémentaires, soit le double de l'année précédente, selon les données communiquées le 28 janvier 2026. Les 53 magasins Schiever déjà basculés sous enseigne U représentent environ 80 % des surfaces concernées, et la fin de cette bascule en 2026 ajoutera encore des volumes.
Mais la dynamique de Système U ne repose pas uniquement sur la croissance externe, évaluée à environ 2 % du total. Le recrutement massif de nouveaux foyers — 820 000 ménages supplémentaires en 2025 pour un total historique de 13,3 millions — témoigne d'une attractivité commerciale renforcée. Le chiffre d'affaires 2025, à 28,35 milliards d'euros hors carburant (+5,3 %), a confirmé cette trajectoire. Pour 2026, les U vont profiter de la reprise d'environ 8 magasins que Carrefour doit recéder dans le cadre de l'absorption de Cora, représentant un volume d'affaires de l'ordre de 300 millions d'euros.
Leclerc conforte son leadership avec 24,8 % de PDM
E.Leclerc reste l'enseigne dominante du marché français avec 24,8 % de part de marché, en progression de 0,4 point sur la période P2. Ce gain s'appuie sur un recrutement spectaculaire de plus de 600 000 foyers en quatre semaines, selon Worldpanel by Numerator.
Cette performance s'explique notamment par une meilleure perception du choix produit par les consommateurs, d'après les analyses panélistes. L'enseigne de Michel-Édouard Leclerc continue ainsi de capitaliser sur son positionnement prix agressif et son maillage territorial dense — des atouts qui lui permettent de creuser l'écart avec le groupe Carrefour.
L'écart entre les deux premiers groupes français ne cesse de s'élargir. Là où Leclerc gagne du terrain, le groupe Carrefour reste stable à 22,3 % de PDM sur cette même période, malgré l'intégration progressive du réseau Cora et Match. Le rapport de forces semble durablement installé en faveur du groupement des centres distributeurs.
Auchan : la spirale descendante s'accélère
C'est le signal le plus alarmant de cette période 2 : Auchan Retail recule de 0,8 point à 8,1 % de part de marché. Les hypermarchés, historiquement le cœur de métier de l'enseigne de la famille Mulliez, perdent à eux seuls 0,5 point pour tomber à 5,8 %, tandis que les supermarchés lâchent encore 0,2 point.
Cette chute n'est pas une surprise. Elle s'inscrit dans le contexte de la restructuration massive annoncée fin 2025 : 294 supermarchés vont basculer sous enseignes Intermarché ou Netto, dont 91 seront directement cédés au groupement Les Mousquetaires. Le flou autour de l'avenir des magasins pèse incontestablement sur la fréquentation et la confiance des clients.
Malgré des résultats financiers 2025 en amélioration (EBITDA en hausse de 16 % et 1,8 milliard d'euros de financement sécurisé), la perte de parts de marché traduit une hémorragie de clientèle que les rénovations d'hypermarchés annoncées peinent encore à endiguer.
Aldi progresse discrètement, Intermarché marque le pas
Du côté des discounters, Aldi gagne 0,2 point pour atteindre 3 % de part de marché. Le hard-discounter allemand bénéficie de 23 points de vente supplémentaires et d'une hausse significative de la fréquence d'achat, estimée à +10 % d'actes d'achat, selon les données panélistes. Ce chiffre vient contredire les rumeurs persistantes d'un retrait d'Aldi de France, que le PDG Pascal Hirth a formellement démenties début mars.
Lidl, de son côté, stabilise sa part de marché à 7,9 %. Malgré le recrutement de 270 000 foyers et un parc en expansion — avec 19 ex-Auchan en cours de transformation et un objectif de 2 000 points de vente d'ici 2030 —, la baisse de la fidélité limite sa progression nette.
Le groupement Les Mousquetaires (Intermarché-Netto) marque le pas avec un recul de 0,1 point à 16,8 %. Ce léger repli peut sembler paradoxal alors que le groupement mène une politique d'expansion sans précédent (reprise de 81 Colruyt, accord pour 294 supermarchés Auchan). Mais l'intégration de ces nouveaux magasins n'a pas encore pleinement produit ses effets sur les parts de marché, les conversions étant toujours en cours.
Un marché en pleine recomposition
Les données P2 2026 dessinent un paysage de la grande distribution française en profonde mutation. Deux dynamiques se dégagent : d'un côté, les enseignes d'indépendants (Leclerc, Système U) et les discounters (Aldi) qui captent la croissance grâce à un positionnement prix affûté et une expansion du réseau ; de l'autre, les groupes intégrés historiques (Auchan, Casino) qui subissent les conséquences de restructurations lourdes.
Carrefour, à 22,3 %, reste dans une position d'attente. Le plan stratégique « Carrefour 2030 » présenté par Alexandre Bompard mise sur le frais, l'intelligence artificielle et l'optimisation du réseau, mais les marchés financiers restent sceptiques quant à la capacité du groupe à inverser la tendance face à un Leclerc toujours plus dominateur.
Les prochaines périodes seront déterminantes : la bascule effective des supermarchés Auchan sous enseigne Intermarché et Netto, prévue à partir de septembre 2026, pourrait rebattre significativement les cartes du classement.

