E.Leclerc : toujours N°1, mais la pression s'intensifie
Avec 23,5 % de parts de marché sur l'ensemble de l'année 2025, E.Leclerc reste l'enseigne dominante de la grande distribution française, loin devant ses concurrents. Son positionnement prix — incarné par le baromètre Leclerc et son slogan « moins cher ailleurs, la différence est remboursée » — continue de fonctionner auprès d'un consommateur français qui, selon AlixPartners dans son Global Consumer Outlook 2026, affiche le pire score d'intention d'achat parmi neuf pays étudiés : -33 points nets.
Pourtant, l'avance de Leclerc se réduit légèrement. Le format hypermarché, pilier historique de l'enseigne, continue de souffrir d'une désaffection structurelle des consommateurs qui lui préfèrent désormais des formats plus courts. La croissance de Leclerc repose de plus en plus sur son parc de supermarchés et sur ses 500 Drive, qui captent une part croissante des courses hebdomadaires. Selon LSA-Conso, l'enseigne a cependant enregistré un rebond en fin d'année 2025, après une phase de tassement mi-année.
Carrefour : le retour en grâce (+1 point)
La grande nouvelle de l'année 2025 vient de Carrefour. Le groupe dirigé par Alexandre Bompard signe la plus forte progression en parts de marché avec +1 point, une performance saluée par l'ensemble des analystes. Cette reprise s'explique par plusieurs facteurs convergents.
D'abord, la stratégie « Act For Food » et le renforcement de l'offre marques propres, qui représentent désormais une part croissante du panier moyen. Ensuite, l'offensive sur le digital : Carrefour est l'une des enseignes les plus avancées en France sur la livraison à domicile et le drive piéton. Enfin, la refonte de son parc de supermarchés en centre-ville — le format Carrefour City et Carrefour Express — répond à la demande de proximité. D'après les données Kantar Worldpanel, le circuit proximité a progressé de +5,3 % en 2025, et Carrefour est l'un des principaux bénéficiaires de cette tendance.
Le format supermarché, nouveau moteur de croissance
Coopérative U et Intermarché : deux stratégies de flanc
La Coopérative U (Système U) enregistre elle aussi une belle année 2025, avec +0,5 point de parts de marché, pour atteindre 12,7 %. L'enseigne bénéficie de sa forte implantation en zones semi-rurales, d'une politique MDD bien perçue et d'une image de proximité authentique qui résonne dans un contexte de recherche de circuits courts.
Côté Mousquetaires, Intermarché progresse également (+0,6 point) et joue désormais une double stratégie. À court terme, l'enseigne s'appuie sur son réseau historique et son outil industriel — Agromousquetaires, premier fabricant de MDD en France. À moyen terme, la reprise de 81 magasins Colruyt (basculement en cours entre mi-mars et mi-mai 2026) lui permettra d'élargir son maillage territorial et de tendre vers les 20 % de parts de marché visés à l'horizon 2028.
Le hard discount : toujours en embuscade
Lidl et Aldi continuent leur ascension silencieuse. Le modèle discount, soutenu par une image prix très forte et une offre progressivement montée en gamme, gagne des parts de marché chaque trimestre. D'après les analyses de TCMA Conseil relayées par LSA, Lidl et Aldi bénéficient d'un effet de recrutement structurel : des consommateurs issus des classes moyennes, qui avaient abandonné le discount dans les années 2010, y reviennent — et n'en repartent pas.
Au total, les enseignes discount représentent désormais environ 15 % du marché PGC-FLS en France, un chiffre en progression constante depuis 2021.
Un consommateur volatil, trois défis pour 2026
La fragmentation des comportements d'achat complique la vie de tous les acteurs. Selon les données Kantar 2025-2026, le consommateur français fréquente en moyenne 3,5 enseignes différentes par mois, contre 3,1 en 2022. Cette infidélité structurelle oblige les enseignes à se différencier sur plusieurs dimensions simultanément : le prix, bien sûr, mais aussi la commodité, la qualité perçue et désormais la transparence.
Pour 2026, NielsenIQ identifie trois défis majeurs pour la grande distribution française. Premier défi : reconquérir les volumes, avec seulement +0,8 % de croissance en volume attendus sur le marché PGC-FLS, dans un contexte où les Français ont structurellement réduit leurs quantités achetées depuis 2021. Deuxième défi : monter en gamme sans perdre en compétitivité prix, alors que l'écart entre MDD et marques nationales s'est réduit depuis la phase inflationniste. Troisième défi : accélérer sur le digital, car l'e-commerce alimentaire pèse désormais 13,3 % des dépenses PGC en France — positionnant le pays comme le deuxième marché le plus digitalisé d'Europe après le Royaume-Uni.
Conclusion : 2026, l'année des arbitrages stratégiques
Le bilan 2025 dresse le portrait d'une grande distribution française en mouvement profond. La domination de Leclerc reste réelle mais n'est plus hégémonique. Carrefour prouve qu'un repositionnement stratégique bien conduit peut inverser une tendance défavorable. U et Intermarché consolident leur socle régional. Et le hard discount continue de remettre en question les modèles établis.
En 2026, les cartes se rebattront autour de trois grandes questions : qui saura le mieux capter la demande de proximité et de drive ? Quelle enseigne réussira la meilleure intégration du digital dans le parcours d'achat — à l'image de l'initiative Intermarché-Yuka du 10 mars ? Et dans quelle mesure la recomposition du parc Colruyt-Intermarché va-t-elle redistribuer les équilibres locaux ? Les prochaines publications Kantar et NielsenIQ livreront les premières réponses dès le printemps.

